Elle
Une main qui ne tremble pas
Je ne suis pas venue à cette pratique par le spectacle. J’y suis venue par le goût de ce qui est tenu : un geste répété jusqu’à devenir juste, une progression mesurée plutôt que précipitée, un corps que l’on amène quelque part au lieu de le bousculer.
La précision avant l’intensité
L’intensité sans précision n’est pas de la sévérité, c’est du désordre. Je sais où je frappe et pourquoi. Je sais ce qu’une entrave fait à une circulation au bout de vingt minutes. Je sais à quoi ressemble quelqu’un qui va bien et qui souffre, et quelqu’un qui ne va pas bien et qui se tait — et ce n’est pas la même chose. C’est ce savoir-là qui autorise d’aller loin.
Le seuil plutôt que la limite
Une limite, on la respecte. Un seuil, on l’approche, on s’y arrête, on y revient. La plupart des gens qui m’écrivent ne savent pas encore où sont les leurs ; ils connaissent seulement ce qu’ils ont déjà fait. Mon travail commence exactement là.
La durée
Une heure ne prouve rien. Ce qui m’intéresse est ce qui tient entre deux séances : une règle qu’on garde seul, une privation qui dure, un compte rendu qu’on rend même le jour où l’on n’en a pas envie. C’est là que quelque chose change, pas sous la canne.
Le refus
Je décline plus de candidatures que je n’en accepte, et rarement pour ce que les gens croient. Je ne refuse pas les débutants ni les timides. Je refuse ceux qui négocient avant d’avoir rencontré, ceux qui décrivent une scène en attendant qu’on la joue, et ceux qui posent deux fois la question à laquelle j’ai déjà répondu.
Ce que je prends, je sais le rendre. C’est la seule raison pour laquelle vous pouvez me laisser le prendre.
Emplacement réservé — ses images viendront ici.